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Passer sa classe 1 initiale à l'étranger : ce qui change pour votre dossier

Par Fabian Voncken, pilote de ligne (ATPL) et ancien infirmier. Espagne, Italie, Portugal ou ailleurs dans l'EASA : ce que le règlement européen prévoit pour l'autorité, le dossier médical et les visites suivantes, quand on vient de France, de Belgique, de Suisse ou du Luxembourg.

Mis à jour le

En bref

Oui. La classe 1 initiale se passe dans un centre aéromédical agréé (AeMC), et celui d'un autre État de l'EASA convient : le certificat est reconnu dans les 31 États membres, Suisse comprise. Le point à régler avant de réserver : l'autorité de délivrance des licences inscrite sur votre demande, car c'est elle qui recevra votre dossier médical.

Fabian Voncken, pilote de ligne (ATPL)

Qui écrit cette page ?

Fabian Voncken, Pilote de ligne (ATPL) · Ancien infirmier

J'ai passé cette visite une vingtaine de fois, et j'ai pratiqué de l'autre côté la plupart des examens qu'elle contient. Cette page ne parle ni de prix ni de délais : elle explique ce que le règlement européen prévoit quand l'examen se passe dans un autre pays que celui où vous volerez. Chaque règle citée a été lue dans le texte consolidé du règlement (UE) 1178/2011, et ce que je n'ai pas trouvé est écrit comme tel. Je ne juge aucune aptitude : c'est l'AME, le médecin examinateur aéronautique, qui décide.

Ce que prévoit le règlement européen

Trois points du règlement suffisent pour comprendre la situation. Le premier fixe le lieu : « Les certificats médicaux de classe 1 sont délivrés par un AeMC » (MED.A.040 b) 1)). Le texte ne dit pas dans quel pays. L'EASA le confirme dans sa FAQ : l'initial classe 1 ne se passe que dans un AeMC habilité pour la classe 1. Et un certificat valide délivré dans un État de l'EASA est reconnu par tous les États membres, sans démarche de validation.

Le deuxième dit qui surveille le centre : l'autorité de l'État où il a son principal établissement (MED.A.001 a) 1)). Un centre de Madrid ou de Milan rend donc compte à l'autorité espagnole ou italienne, pas à la DGAC, à la DGTA, à l'OFAC ni à la DAC.

Le troisième concerne votre dossier : l'autorité de délivrance des licences. Le règlement la définit comme « l'autorité compétente de l'État membre qui a délivré la licence ou à laquelle une personne demande la délivrance d'une licence » et, si aucune licence n'a encore été demandée, comme l'autorité désignée selon le point FCL.001 (MED.A.010). Ce point FCL.001 désigne l'autorité « auprès de laquelle une personne sollicite la délivrance de licences de pilote ».

Le pays du centre et le pays de votre dossier peuvent donc être différents. Le certificat indique l'« État dans lequel la licence de pilote a été délivrée ou demandée », et son numéro commence par le code de ce pays (ARA.MED.130 a) 1) et 3)). L'examen fini, le centre envoie sans délai son rapport détaillé, avec une copie de la demande, du formulaire d'examen et du certificat, à l'évaluateur médical de cette autorité (MED.A.025 b) 4)). Pour la classe 1, vos données de base sont aussi saisies dans le répertoire aéromédical européen tenu par l'EASA (ARA.MED.160).

Ce que je n'ai pas trouvé. Je n'ai pas trouvé de texte officiel qui dise quelle autorité un centre étranger inscrit pour un candidat qui n'a encore demandé aucune licence, et qui n'a parfois pas encore choisi son école. La définition renvoie à l'autorité « auprès de laquelle » on demandera la licence, ce qui suppose que vous le sachiez déjà. La réponse fiable est celle du centre, par écrit, avant le rendez-vous.

Pays de passage, autorité, dossier : le tableau

Dans chaque cas, le centre est agréé par l'autorité de son pays, et votre dossier part vers l'autorité de délivrance des licences inscrite sur votre demande. Ce qui change d'une ligne à l'autre, c'est la liste à consulter et ce que chaque autorité publie sur les transferts. Sur téléphone, faites défiler le tableau vers la droite.

Pays de passageLe centre est agréé parListe officielleCe qui se passe pour le dossier
🇪🇸 EspagneAESA espagnole (Agencia Estatal de Seguridad Aérea)Liste des centres accrédités, modifiée le 13/10/2026 : 14 centres. Bilbao revient souvent sur les forums : aucun centre de la liste n'est domicilié à Bilbao même, le seul du Pays basque est à Erandio (Biscaye).Rapport envoyé à l'autorité de délivrance des licences inscrite. Si c'est l'AESA espagnole, le dossier reste en Espagne tant que vous ne demandez pas un changement d'autorité.
🇮🇹 ItalieENAC (Ente Nazionale per l'Aviazione Civile)Liste des AeMC, fichier daté du 03/09/2026. L'ENAC écrit que l'initial classe 1 se passe « esclusivamente » en centre aéromédical.Même mécanisme : le dossier part vers l'autorité de délivrance des licences inscrite.
🇵🇹 PortugalANAC (Autoridade Nacional da Aviação Civil)La seule liste que j'ai trouvée sur anac.pt date de juillet 2020. Demandez la liste en vigueur à l'ANAC avant de réserver.Même mécanisme.
🇷🇴 RoumanieAACR (Autoritatea Aeronautică Civilă Română)Je n'ai pas pu vérifier de liste à jour sur la page médecine aéronautique de l'AACR.Même mécanisme.
🇫🇷 France (candidat belge, suisse ou luxembourgeois)DGACPage aptitude aéromédicale, mise à jour le 16/10/2026, annuaire des AeMC en version du 21/09/2026.Le Pôle médical de la DGAC a notamment pour mission de « vérifier les visites médicales étrangères » et de transmettre les dossiers médicaux de et vers l'étranger lors des transferts de licence.
🇨🇭 SuisseOFAC (Office fédéral de l'aviation civile)Recherche des AeMC et AME sur le site de l'OFAC.Pour un transfert vers la Suisse : formulaire SOLI validé par l'évaluateur médical de l'autorité actuelle, examen par l'OFAC qui « peut prendre plusieurs semaines » (document du 06/01/2026).
🇧🇪 BelgiqueDGTA (SPF Mobilité et Transports)Liste des centres médicaux (AeMC).La DGTA publie une page « Transfert de licence », dont je n'ai pas pu lire le contenu le 25/10/2026.
🇱🇺 LuxembourgDAC (Direction de l'aviation civile)Liste des centres aéromédicaux et médecins agréés, page modifiée le 12/08/2026.Je n'ai pas trouvé de page de la DAC sur le transfert du dossier médical.

Listes et pages consultées entre le 13/10/2026 et le 25/10/2026. Un centre peut perdre ou gagner son agrément : la liste du jour fait foi. Les centres, coûts et délais des quatre pays francophones sont sur la page où passer sa classe 1 initiale.

La Suisse : hors de l'Union européenne, mais dans l'EASA

La Suisse n'est pas membre de l'Union européenne. Elle est pourtant l'un des 31 États membres de l'EASA, que l'Agence énumère ainsi : les 27 États de l'UE, plus l'Islande, le Liechtenstein, la Norvège et la Suisse. Le lien juridique est un accord bilatéral sur le transport aérien qui lie la Suisse et l'UE depuis juin 2002. Son annexe énumère les actes européens que la Suisse applique, et un comité mixte Suisse-UE y intègre régulièrement les nouveaux règlements. L'OFAC est l'autorité compétente suisse, et son document sur le transfert d'un certificat médical EASA vers la Suisse cite le règlement (UE) 1178/2011 parmi ses références.

Ce que l'OFAC publie sur le transfert d'un dossier médical vers la Suisse (document du 06/01/2026, accessible depuis la page changement d'autorité compétente) :

  • le candidat envoie le formulaire SOLI (State Of Licence Issue) à la section aéromédicale de son autorité actuelle, qui valide les antécédents, le dossier et la validité du certificat ;
  • l'OFAC n'accepte pas un formulaire qui n'a pas été validé par l'évaluateur médical de cette autorité ;
  • les documents doivent être en anglais, en allemand, en français ou en italien ;
  • un certificat qui n'est plus valide doit d'abord être renouvelé par l'autorité actuelle, et plus de cinq ans après son expiration, un examen initial est exigé ;
  • l'OFAC se réserve de demander tout complément, et prévient que l'examen du dossier peut prendre plusieurs semaines.

Pour un candidat suisse qui passerait l'initial dans un autre État, la logique est la même en sens inverse : si l'autorité inscrite est celle du pays du centre, il faudra ensuite une demande de changement d'autorité vers l'OFAC.

Avant de réserver, vérifiez

  • Le centre figure sur la liste officielle en vigueur de l'autorité de son pays, avec l'habilitation classe 1 pour l'initial. Pas sur une liste recopiée sur un forum.
  • L'autorité de délivrance des licences qui sera inscrite sur votre demande et sur le certificat, avec le code pays qui ouvrira son numéro. Demandez-le par écrit.
  • Le pays où vous demanderez votre licence. Si vous le savez déjà, dites-le au centre : c'est ce pays que vise la définition du règlement.
  • La langue. Le centre doit établir avec vous « une communication sans barrières linguistiques » (MED.A.025 a) 1)). Demandez dans quelle langue se font l'entretien, les questionnaires et l'évaluation globale de la santé mentale, prévue à l'initial classe 1 (MED.B.055 a)). Le certificat, lui, est établi dans la ou les langues nationales et en anglais (ARA.MED.130 c)).
  • Vos comptes rendus médicaux. Demandez si le centre les accepte en français ou s'il veut une traduction.
  • Vos démarches antérieures. Une visite déjà commencée ailleurs, un refus, une suspension : cela se déclare, avec l'identité de l'examinateur et les résultats (MED.A.035 b) 2)). Et l'on ne détient qu'un seul certificat médical à la fois (MED.A.030 f)).
  • Le renvoi. Si un point de votre dossier doit être tranché par l'autorité, c'est l'évaluateur médical de l'autorité de délivrance des licences qui décide (ARA.MED.125). Le déroulé d'un renvoi est sur la page renvoi au Pôle médical. Demandez au centre comment il se passerait depuis l'étranger, et dans quelle langue.

Après l'initial : visites suivantes et changement d'autorité

Les visites suivantes de classe 1 se font chez un AeMC ou un AME (MED.A.040 c) 1)), et rien n'oblige à revenir dans le pays de l'initial. À chaque visite, présentez votre dernier certificat (MED.A.035 c)). À savoir : le médecin de chez vous envoie son rapport à l'autorité de délivrance des licences inscrite, qui n'est pas forcément celle de son pays (MED.A.025 b) 4)). Tant que votre dossier est en Espagne, c'est l'Espagne qui reçoit les rapports.

Pour voler en PPL, le texte exige « au moins » un certificat de classe 2 valide (MED.A.030 c) 2)) : une classe 1 en cours de validité remplit cette condition, et l'on ne cumule pas deux certificats.

Ramener son dossier dans son pays

Le règlement prévoit le cas. Le titulaire d'une licence peut demander à l'autorité d'un autre État un changement d'autorité compétente, et les titulaires d'un certificat médical « qui ne sont pas encore titulaires d'une licence de pilote » peuvent aussi le faire pour leurs dossiers médicaux (FCL.015 e)). La demande se dépose auprès de l'autorité qui vous recevra. Celle-ci demande à l'autorité actuelle de lui transférer une copie des dossiers médicaux et un résumé des antécédents vérifié et signé par l'évaluateur médical (ARA.GEN.360 a) et e)). L'autorité qui transfère garde les originaux, et elle reste responsable de votre certificat jusqu'à ce que la nouvelle autorité ait délivré le sien (ARA.GEN.360 b) et d)).

Les moyens de conformité de l'EASA détaillent ce qui part, notamment le dernier rapport aéromédical, les derniers ECG et examens ophtalmologique et ORL, le dossier de l'examen initial et l'évaluation de santé mentale (AMC1 ARA.GEN.360(a)). Le règlement demande d'agir « sans délai » sans fixer de durée chiffrée. Côté suisse, l'OFAC prévient que son examen peut prendre plusieurs semaines.

Le point du pilote : les trois confusions à éviter

Confondre le pays du centre et le pays du dossier. Le centre étranger fait l'examen, l'autorité de délivrance des licences garde le dossier. Ce sont deux questions différentes, à poser séparément.

Croire que le renouvellement chez soi ramène le dossier. Un AME de votre pays peut renouveler, mais son rapport part vers l'autorité inscrite. Pour déplacer le dossier, le règlement prévoit une demande de changement d'autorité.

Changer de projet en route sans y penser. Si vous choisissez votre école, et donc le pays de votre licence, après l'initial, votre dossier devra suivre. Mieux vaut le savoir avant de réserver le vol.

Questions fréquentes

Peut-on passer sa classe 1 initiale en Espagne, à Bilbao par exemple ?
Oui, dans un AeMC figurant sur la liste de l'AESA espagnole et habilité pour l'initial classe 1. Sur la liste modifiée le 13/10/2026, aucun centre n'est domicilié à Bilbao même : le seul centre du Pays basque est à Erandio, en Biscaye. Vérifiez la liste le jour où vous réservez.
Mon certificat obtenu à l'étranger est-il valable chez moi ?
Oui. Selon l'EASA, un certificat valide délivré dans un État de l'EASA est reconnu par tous les États membres, sans démarche de validation. La France, la Belgique, la Suisse et le Luxembourg en font partie.
Qui garde mon dossier médical ?
L'autorité de délivrance des licences inscrite sur votre demande : le centre lui envoie son rapport (MED.A.025 b) 4)). Ce n'est pas forcément l'autorité du pays du centre. Demandez laquelle sera inscrite avant le rendez-vous.
Pourrai-je renouveler ensuite chez un AME de mon pays ?
Oui, un AeMC ou un AME habilité classe 1 peut proroger ou renouveler (MED.A.040 c) 1)). Son rapport ira à l'autorité qui détient votre dossier, même si elle est dans un autre pays.
Comment rapatrier mon dossier dans mon pays ?
Par une demande de changement d'autorité compétente, déposée auprès de l'autorité qui vous recevra. Le règlement l'ouvre aussi aux titulaires d'un certificat médical qui n'ont pas encore de licence (FCL.015 e)).
La Suisse applique-t-elle les mêmes règles ?
Oui. Hors de l'Union européenne, elle est l'un des 31 États membres de l'EASA et applique le règlement (UE) 1178/2011 par l'accord bilatéral sur le transport aérien. Pour un transfert vers la Suisse, l'OFAC exige le formulaire SOLI validé par l'autorité actuelle.
Faut-il parler la langue du pays ?
Le centre doit assurer une communication sans barrières linguistiques (MED.A.025 a) 1)). Demandez avant de réserver dans quelle langue se déroulent l'entretien et les questionnaires.

Pour aller plus loin

Les centres, coûts publiés et délais en France, en Belgique, en Suisse et au Luxembourg : où passer sa classe 1 initiale. Les classes et validités : la visite médicale du pilote. Si un point coince : inaptitude et recours.

La visite elle-même, poste par poste, est dans le guide de la visite médicale (payant, 59 €).

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