Qui écrit cette page ?
J'ai passé cette visite une vingtaine de fois, et j'ai pratiqué de l'autre côté la plupart des examens qu'elle contient. Je vous décris la cabine de l'intérieur, et je vous explique la courbe comme on m'a appris à lire un tracé. Mais je ne suis pas médecin : je n'interprète aucun audiogramme, et surtout pas le vôtre.
En bref
Votre audition est testée à chaque examen — mais par un simple test à la voix. L'audiogramme, lui, ne tombe pas tous les ans : il est requis en classe 1, et en classe 2 seulement si vous ajoutez une qualification de vol aux instruments. Le seuil du candidat initial en classe 1 : pas plus de 35 dB de perte à 500, 1000 ou 2000 Hz, ni 50 dB à 3000 Hz, chaque oreille séparément. Et le point qui change tout en prorogation : le règlement prévoit expressément que celui dont la perte dépasse ces seuils puisse démontrer une capacité auditive fonctionnelle satisfaisante. C'est une charge de la preuve, pas une autorisation automatique — et elle ne concerne pas le candidat initial.
D'abord : deux examens différents, souvent pris l'un pour l'autre
Le règlement est net sur le principe : l'audition est testée à tous les examens. C'est écrit noir sur blanc à l'article MED.B.080 de l'annexe IV du règlement européen. Mais « testée » ne veut pas dire « audiogramme ».
Ce qui se passe à chaque visite, c'est un test à la voix : comprendre une voix de conversation, chaque oreille, à deux mètres, dos tourné. Simple, rapide, sans appareil. Ce protocole précis ne figure pas dans le règlement lui-même mais dans les moyens acceptables de conformité (les « AMC »), publiés séparément par l'Agence européenne de la sécurité aérienne (EASA) — je n'ai pas pu collationner le texte de l'AMC pour cette page, donc je vous le donne comme le protocole couramment décrit, pas comme une citation.
L'audiométrie tonale — l'audiomètre, la cabine, la courbe — suit un calendrier tout autre :
- Classe 1 : oui.
- Classe 2 : seulement si une qualification de vol aux instruments est ajoutée à la licence.
- Périodicité : à l'examen initial, puis tous les 5 ans jusqu'à 40 ans, puis tous les 2 ans.
Beaucoup de pilotes croient passer un audiogramme chaque année. Ce n'est pas le cas — et savoir lequel des deux examens vous attend évite de s'inquiéter pour rien.
Deux précisions, parce que la formule courte « pas d'audiogramme en classe 2 sauf IFR » est exacte sur le principe mais trompeuse en pratique. Premièrement, le déclencheur est l'ajout d'une qualification de vol aux instruments à la licence (IR, ou qualification en route / de base selon la dénomination en vigueur — le vocabulaire a bougé ces dernières années) — pas le fait de voler aux instruments. Et quand une telle qualification est ajoutée à une licence privée, ce sont la périodicité ET les seuils de la classe 1 qui s'appliquent. Un titulaire d'IR qui ne vole jamais aux instruments est concerné ; un pilote classe 2 qui vole en IFR sans détenir la qualification ne l'est pas.
Deuxièmement, et c'est la réserve que personne ne mentionne : le règlement ouvre une porte toutes classes confondues. En cas d'hypoacousie, de pathologie de l'oreille moyenne ou interne, de perforation tympanique, de dysfonction tubaire, de trouble vestibulaire ou de séquelles de chirurgie otologique, un examen complémentaire est prévu. Concrètement : avec un antécédent ORL de ce type, un audiogramme peut vous être demandé même en classe 2 sans qualification de vol aux instruments. (On lit aussi qu'un échec au test à la voix suffit à le déclencher : cette précision vient de la guidance de l'autorité britannique, je ne la reprends donc pas comme droit applicable ici.) Et pour la dysfonction tubaire ou les troubles de l'équilibre, l'évaluation se fait en concertation avec l'évaluateur médical de l'autorité — là encore sans qu'aucune qualification de vol aux instruments n'entre en jeu.
Le point du pilote — initial contre renouvellement
L'examen initial de classe 1 est nettement plus poussé et plus long. Le médecin ne vous connaît pas : il doit tout explorer, et l'audiogramme y est plus complet. Aux renouvellements, il sait d'où vous partez et cible ce qui doit l'être — l'ensemble va beaucoup plus vite. Ce n'est pas de la complaisance, c'est du suivi : il compare votre courbe à celles des années précédentes. C'est ce que j'ai vu faire à chaque renouvellement.
Dans la cabine : le déroulé, de la porte à la courbe
Celles que j'ai vues se ressemblaient toutes. Une petite pièce insonorisée — à peu près la taille d'une cabine d'essayage de grand magasin, disons 1,50 m sur 1,50 m et 2,50 m sous plafond — fermée par une porte épaisse. L'intérieur est capitonné, en général d'un revêtement sombre façon moquette noire : sobre, austère. Une petite vitre vous sépare du médecin, assis juste en face. Vous êtes sur une chaise, un casque sur les oreilles, un bouton-poussoir à la main — le même genre que la sonnette d'appel d'un patient à l'hôpital.
Le point du pilote — ce que vous allez vraiment entendre
Il faut le vivre pour le comprendre, alors voici l'image la plus juste que j'aie trouvée. Aux niveaux les plus faibles, les sons envoyés dans le casque, on les ressent plus qu'on ne les entend. C'est exactement comme un moustique qui arrive de très loin en pleine nuit : bien avant de l'entendre vraiment, on perçoit cette vibration ténue et bizarrement intense de ses ailes. Ce n'est pas encore un son, c'est votre oreille qui vous avertit que quelque chose approche.
Le savoir à l'avance change tout. On arrête de douter — « est-ce que j'ai entendu, ou est-ce que j'imagine ? » — et on signale au bon moment.
Quand la porte se ferme, l'extérieur disparaît, exactement comme quand on met un casque à réduction active du bruit (ANR) : on n'entend quasiment plus rien, au point que si on se concentre, on perçoit son propre cœur, comme lorsqu'on se bouche les oreilles avec les doigts. Le médecin me fait signe à travers la vitre pour dire que ça commence. Personnellement, je ferme les yeux : sans la vue, je me concentre entièrement sur l'audition.
Puis les sons arrivent, tantôt à gauche, tantôt à droite, parfois les deux. À chaque fréquence, le volume part de très bas et monte tout doucement jusqu'à ce que je perçoive quelque chose — et là, j'appuie. C'est ce seuil, oreille par oreille, qui trace la courbe. L'ensemble dure deux à quatre minutes, difficile à dire tant on est concentré. Les résultats sont immédiats : en sortant, le médecin affiche le graphe à l'écran et le compare aux années précédentes.
Peut-on « tricher » ? Non. Dans tous les tests que j'ai passés, les sons n'arrivaient jamais à intervalles réguliers. Parfois deux de suite, parfois plus rien pendant dix ou quinze secondes. Impossible d'anticiper en comptant dans sa tête — et c'est précisément le but. Conséquence utile à savoir : un silence ne signifie pas que votre audition flanche, c'est souvent juste un intervalle long. Ne vous laissez pas déstabiliser par les blancs.
Lire la courbe : le décodeur
Un audiogramme se lit comme un tracé, un peu comme un ECG, sur papier ou à l'écran. Deux axes, et une convention de couleurs.
| Ce que vous voyez | Comment ça se lit |
|---|---|
| Axe horizontal | Les fréquences, en hertz. Comme un clavier de piano : à gauche les graves, à droite les aigus (500, 1000, 2000, 3000 Hz…). |
| Axe vertical | Le volume, en décibels. Tout en haut, les sons les plus faibles. Plus on descend, plus il a fallu de volume pour que vous entendiez. |
| Ronds rouges | Oreille droite. C'est la convention. |
| Croix bleues | Oreille gauche. |
| Une ligne à peu près plate et haute | Le tracé d'une audition qui n'a pas eu besoin de volume pour entendre. |
| Une courbe qui plonge dans les aigus (vers 3, 4, 6 kHz) | Le profil classiquement associé au traumatisme sonore — l'exposition au bruit, cockpit compris. C'est un profil, pas un diagnostic. À noter : le règlement ne fixe des seuils chiffrés qu'à 500, 1000, 2000 et 3000 Hz. Les fréquences plus aiguës — 4 et 6 kHz, là où la littérature situe l'atteinte liée au bruit — ne portent pas de seuil réglementaire. Ce qui est effectivement mesuré pendant l'examen relève du protocole, donc de l'AMC que je n'ai pas pu collationner : je ne l'affirme pas. |
Le sens de lecture surprend la première fois : quand le médecin monte progressivement le volume et que vous finissez par percevoir le son, le point se place d'autant plus bas que votre oreille a eu besoin de fort. Ce n'est pas une échelle de gravité — la section suivante explique pourquoi.
Le piège central : « normal » et « apte » ne sont pas la même chose
C'est la confusion la plus coûteuse du sujet : elle fait lire un audiogramme avec la mauvaise grille.
Le repère clinique de « normalité » — grossièrement, des seuils entre −10 et 20 dB HL (« HL » pour hearing level : le niveau rapporté à une audition de référence) — n'est pas le seuil d'aptitude. Pour la licence, ce qui compte, ce sont les seuils du Part-MED : 35 dB et 50 dB en initial classe 1, détaillés juste en dessous. Autrement dit : on peut sortir de la « normale clinique » et rester parfaitement dans les critères réglementaires.
Si un audioprothésiste ou une application vous annonce une « perte légère », ce vocabulaire est clinique. Il ne dit rien de votre dossier d'aptitude. Ne tirez aucune conclusion de votre seul tracé — c'est le rôle de votre AME — le médecin examinateur aéronautique agréé — et de lui seul. (Pour un initial de classe 1, l'examen se passe en centre aéromédical agréé, un AeMC.)
Les seuils : jusqu'où peut-on aller ?
| Situation | Ce que prévoit le règlement |
|---|---|
| Candidat initial, classe 1 (et classe 2 si une qualification de vol aux instruments est ajoutée à la licence) | Pas de perte supérieure à 35 dB à 500, 1000 ou 2000 Hz, ni supérieure à 50 dB à 3000 Hz, dans chaque oreille séparément. |
| Prorogation ou renouvellement La ligne à retenir avec une perte plus importante | Le texte prévoit expressément que le titulaire puisse démontrer une capacité auditive fonctionnelle satisfaisante. Ce n'est ni un second seuil chiffré, ni une simple faveur de l'AME : c'est une disposition réglementaire. |
| Hypoacousie constatée | Examen complémentaire établissant que l'état n'interfère pas avec l'exercice sûr des privilèges. |
| Qui décide ensuite | Classe 1 : le candidat est renvoyé à l'évaluateur médical de l'autorité. Classe 2 : l'aptitude est évaluée en concertation avec l'évaluateur médical — y compris sans qualification de vol aux instruments pour la dysfonction tubaire et les troubles vestibulaires. Un mécanisme européen, pas une particularité nationale. |
Trois mots à distinguer, parce que tout en dépend : l'initial, c'est la première fois ; la prorogation, c'est renouveler avant l'expiration ; le renouvellement, c'est après expiration. ⚠️ La voie de démonstration de la deuxième ligne ne concerne PAS l'initial. Un candidat qui passe sa première visite est tenu aux seuils chiffrés, sans alternative.
Et l'« évaluateur médical », c'est le médecin de l'autorité de délivrance — la DGAC en France — qui tranche les dossiers qu'un AME ne peut pas conclure seul. Si sa décision ne va pas dans votre sens, des voies de contestation existent : voir inaptitude et recours.
La ligne à retenir du tableau est la deuxième. Elle est plus favorable au pilote que ce qu'on lit généralement : dépasser un seuil en prorogation n'est pas la fin de la discussion, c'est le début d'une démonstration prévue par le texte.
Un chiffre obsolète circule encore : 20 dB. Il vient de l'ancien FCL 3 — la norme JAR-FCL des JAA, transposée en France par l'arrêté du 27 janvier 2005 — qui citait 20 dB à 500/1000/2000 Hz et 35 dB à 3000 Hz en initial. Ces valeurs ne sont plus celles en vigueur depuis le passage au Part-MED européen. Si vous tombez sur « 20 dB » dans un document ou sur un forum, vous lisez un texte périmé. ⚠️ Attention à ne pas confondre : ce 20 dB-là était un seuil d'aptitude, il n'a rien à voir avec les 20 dB HL de la normalité clinique évoqués plus haut.
« Ma courbe n'est pas parfaite » — faut-il s'inquiéter ?
Une audition qui n'est pas parfaite n'est pas synonyme d'inaptitude. D'abord parce que les seuils réglementaires laissent une marge réelle par rapport à la normale clinique. Ensuite parce qu'un dépassement ouvre un parcours — examen complémentaire, renvoi ou concertation — plutôt qu'un refus automatique. Et parce qu'en prorogation, le règlement prévoit cette voie de démonstration fonctionnelle.
Ce que je ne ferai pas, c'est vous dire à quelle fréquence l'issue est favorable. Aucune statistique publique n'existe là-dessus, et sur un sujet d'aptitude, on ne remplace pas un chiffre manquant par une impression rassurante. Je décris un parcours ; je ne promets pas un résultat.
Le point du pilote — la première fois
La première fois, on est facilement déstabilisé : la cabine sombre, la sensation d'être enfermé « comme dans un frigo », et ces sons qui sont plus des vibrations que des sons francs. Certains ratent un peu leur premier passage simplement parce qu'ils sont désarçonnés — et les médecins le savent.
Le vôtre est juste derrière la vitre. Faites-lui signe, dites-lui que quelque chose cloche : il vous réexpliquera, et le second passage se déroule généralement bien mieux. Pour les renouvellements, quand on sait à quoi s'attendre, c'est d'une facilité déconcertante.
Arriver en terrain connu : le pré-test à la maison
Les AirPods Pro 2 et 3 intègrent un test auditif fondé sur l'audiométrie tonale — la même logique de sons purs que la cabine —, qui donne un résultat en dB HL par oreille et un audiogramme exportable. La fonction est arrivée avec iOS 18.1 fin 2024 sur les Pro 2, et les Pro 3, sortis en septembre 2025, la reprennent.
Ce n'est pas un examen médical — Apple le présente lui-même comme un outil non diagnostique. Mais c'est un excellent moyen de se familiariser avec l'exercice avant le jour J, et de suivre son audition dans le temps.
- Le bon matériel. AirPods Pro 2 ou 3 — les autres modèles ne proposent pas la fonction.
- Des embouts propres. Du cérumen dans un embout, et le résultat est faussé.
- Pas enrhumé. Avec un rhume ou une infection des sinus, on entend forcément moins bien.
- Oreilles reposées. Surtout pas après un concert ou un environnement bruyant : la fatigue auditive temporaire dégrade le test.
- Au calme absolu. Au moindre bruit ambiant, impossible de se concentrer sur des sons à la limite du perceptible.
- Plusieurs fois. À quelques jours d'intervalle, matin et soir, dans différents lieux — pour voir si votre perception varie.
Je l'utilise régulièrement, et il colle d'assez près à mes audiogrammes de renouvellement classe 1. C'est une impression, pas une comparaison chiffrée : je n'ai pas encore mis les deux tracés côte à côte. Ce n'est donc ni une validation scientifique ni une invitation à comparer les vôtres.
Le casque n'est pas un confort
La meilleure façon de garder une bonne courbe, c'est de ne pas l'abîmer. L'exposition au bruit du cockpit dégrade l'audition dans les aigus — la zone que la littérature associe au traumatisme sonore (3, 4, 6 kHz). Un casque à réduction active du bruit (ANR) réduit l'exposition au bruit en vol — le sujet est traité en détail dans la page audition.
Décoder son audiogramme, c'est comprendre pourquoi le casque n'est pas un accessoire de confort mais un équipement de protection. Votre audiogramme, c'est le bilan ; le casque, c'est la prévention. Le sujet est traité dans la page audition du pilote.
Questions fréquentes
L'audiogramme est-il obligatoire à chaque visite médicale ?
Faut-il une audition parfaite pour être pilote ?
Que se passe-t-il si je dépasse un seuil auditif ?
Quelle est la différence entre audition normale et audition apte ?
Peut-on tricher à l'audiogramme ?
Combien de temps dure le test en cabine ?
Le test auditif des AirPods Pro peut-il remplacer l'audiogramme de la visite ?
J'ai raté mon premier passage en cabine, est-ce grave ?
Les seuils auditifs sont-ils les mêmes partout en Europe ?
Pour aller plus loin
Cette page traite un poste précis de la visite. Pour l'ensemble : la page d'ensemble sur la visite médicale (classes, validités, plafonds d'âge), l'audition du pilote (bruit du cockpit et protection), préparer sa visite, et si un point pose problème, inaptitude et recours. Sur la vision, le pendant de cette page : daltonisme et vision des couleurs. Le hub : santé du pilote.
Les pages du Labo restent en accès libre, celle-ci comprise. À côté, je prépare un guide payant : le rétroplanning avant la visite, les questions précises à poser à l'AME, les annexes par pays. Rien de ce qui est gratuit aujourd'hui ne passera derrière un paiement. Être prévenu de sa sortie.