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Hypoxie et monoxyde de carbone : les deux dangers que le pilote ne sent pas venir

Par Fabian Voncken — pilote de ligne (ATPL), ancien instructeur de vol et ancien infirmier (urgences et caisson hyperbare). Deux mécanismes différents, une même conséquence : elles attaquent le jugement, et les signaux qu'elles donnent sont trop banals pour servir d'alarme. Ce que j'ai vu des deux côtés — dans un service d'urgences et dans un cockpit.

Fabian Voncken, pilote de ligne (ATPL)

Qui écrit cette page ?

Fabian Voncken — Pilote de ligne (ATPL) · Ancien infirmier urgences & caisson hyperbare

Entre 1999 et 2005, j'ai travaillé au CHUV à Lausanne, notamment aux urgences et au caisson hyperbare — où l'on traite, entre autres, les intoxications au monoxyde de carbone. J'ai commencé à voler ensuite, sur Robin DR400 et Cessna, avant l'aviation d'affaires. Je décris ici ce que j'ai vu des deux côtés. Mais je ne suis pas médecin : cette page n'est ni un diagnostic, ni une conduite à tenir médicale.

En bref

L'hypoxie et le monoxyde de carbone privent tous les deux vos tissus d'oxygène — par deux chemins différents, avec la même conséquence : la première fonction touchée est celle qui vous permettrait de vous en rendre compte. Le CO, lui, ajoute une couche : il est inodore, incolore et sans saveur. Aucun signe extérieur n'est fiable, et — c'est le piège le plus dangereux du sujet — un oxymètre de pouls ne détecte pas le CO : il peut afficher une saturation parfaitement normale sur un sang lourdement intoxiqué. Le seul moyen d'alerte dont vous disposez en vol est un détecteur de CO — le seul, pas un moyen infaillible. En cas de doute : couper le chauffage, aérer, se poser.

Un point commun : ils attaquent d'abord le juge

On range souvent l'hypoxie et le monoxyde de carbone dans la même case, et pour une fois le raccourci est utile : dans les deux cas, ce qui arrive au pilote, c'est que ses cellules ne reçoivent plus assez d'oxygène. Le chemin diffère — l'hypoxie d'altitude parce qu'il y a moins d'oxygène disponible à respirer, le CO parce que le sang ne peut plus le transporter — mais l'organe le plus gourmand en oxygène est le même : le cerveau.

D'où la vraie difficulté. Une hémorragie fait mal. Une panne moteur fait du bruit. Un manque d'oxygène, non : il dégrade progressivement l'attention, la mémoire de travail, la capacité à se remettre en question. Autrement dit, il atteint tôt l'instrument qui devrait détecter la panne. C'est ce qui explique ces récits de pilotes qui « se sentaient très bien » en enchaînant des décisions incohérentes.

La conséquence pratique est simple à retenir : sur ces deux sujets, ne comptez jamais sur votre ressenti comme système d'alarme. On ne compense pas un capteur défaillant par de la volonté. On le remplace par un appareil — un détecteur de CO — et par une règle décidée au sol, à froid, appliquée sans discuter le jour où le doute arrive.

L'hypoxie d'altitude : le manque d'oxygène qui ne fait pas mal

Premier malentendu à lever : en altitude, l'air ne contient pas « moins d'oxygène ». La proportion d'oxygène dans l'air reste sensiblement la même — autour de 21 % — du niveau de la mer jusqu'à très haut. Ce qui change, c'est la pression. Moins de pression, c'est moins de molécules dans le même volume d'air, donc une pression partielle d'oxygène plus faible dans vos poumons — et moins d'oxygène qui passe effectivement dans le sang. Vous respirez pareil, vous en tirez moins.

C'est le mécanisme de l'hypoxie dite hypoxique, celle qui concerne le pilote d'avion non pressurisé qui monte, et celle qui frappe l'équipage d'un avion pressurisé en cas de dépressurisation. Deux situations très différentes en termes de délai, mais le même phénomène de fond.

Le point du pilote — l'oreille comme premier capteur

En avion pressurisé, il m'est arrivé que la sensation de pression dans les oreilles précède ma lecture des instruments. Je le raconte parce que c'est vrai, pas parce que c'est un moyen de détection : une sensation ne remplace aucune surveillance instrumentale et ne doit jamais servir d'alarme — ne rien sentir ne prouve rien. Ce qui est en revanche systématique, sur les jets que je pilote : la réaction à une dépressurisation fait partie des actions mémoire, masque à oxygène en premier, la check-list venant ensuite.

Ce que ça fait — et pourquoi chacun a sa propre signature

Les manifestations décrites sont larges et peu spécifiques : maux de tête, sensation de chaleur ou de picotements, essoufflement, vision qui se rétrécit ou perd ses couleurs, doigts qui deviennent maladroits, et surtout une modification de l'humeur et du jugement — euphorie, fausse assurance, ou au contraire irritabilité. Le point réellement important : ces signes ne se présentent pas dans le même ordre ni avec la même intensité selon les personnes, et ils varient chez une même personne selon la fatigue, l'hydratation, le tabac ou un état grippal.

C'est la raison d'être des stages en caisson d'altitude, proposés dans plusieurs centres de médecine aéronautique : ils permettent de découvrir sa propre séquence de symptômes dans un cadre médical encadré, plutôt que de la découvrir en vol. Ce n'est pas une expérience à tenter par soi-même, en montant « pour voir » : c'est précisément le type de test dont on ne peut pas juger soi-même le résultat.

Deux choses que cette page ne fera pas, faute d'avoir pu les collationner au texte officiel : vous donner l'altitude à partir de laquelle l'oxygène de subsistance est requis, et vous donner un temps utile de conscience chiffré par niveau de vol. Les premières ne relèvent pas de l'aptitude médicale (le Part-MED) mais des règles d'exploitation — le règlement (UE) 965/2012 et ses annexes selon le type d'exploitation ; les seconds circulent sous forme de tableaux dont les valeurs diffèrent d'une source à l'autre. Reportez-vous au manuel de vol de votre appareil et au texte applicable à votre exploitation. Ce qu'on peut dire sans se tromper : ce temps se compte en minutes, et il s'effondre à mesure qu'on monte.

Le monoxyde de carbone : ni odeur, ni couleur, ni goût

Le monoxyde de carbone est un produit de combustion incomplète. En aviation légère, il arrive en cabine par deux voies principales : le système de chauffage, qui récupère la chaleur de l'échappement, et les défauts d'étanchéité — cloison pare-feu, passages de commandes, orifices autour de l'échappement. Le risque augmente en hiver, quand le chauffage tourne, mais il n'est pas saisonnier : des cas surviennent aussi hors période de chauffe.

Ce qui le rend redoutable tient à sa chimie. Le CO se fixe sur l'hémoglobine — la molécule qui transporte l'oxygène dans le sang — avec une affinité de l'ordre de 200 à 250 fois celle de l'oxygène, formant de la carboxyhémoglobine. Concrètement : les places sont prises, l'oxygène ne monte plus à bord, et il ne suffit pas de mieux respirer pour compenser. C'est un ordre de grandeur classique en médecine, cité ici comme tel.

Le point du pilote et de l'infirmier — ce que j'ai vu aux urgences

J'ai travaillé plusieurs années aux urgences du CHUV, à Lausanne, où j'étais aussi affecté au caisson hyperbare — dédié surtout aux accidents de plongée du lac Léman, mais également aux intoxications au CO. On voyait arriver des personnes tirées d'incendies, parfois sans la moindre brûlure, qu'on hospitalisait quand même pour un contrôle. Les signes qui mettaient la puce à l'oreille : céphalées violentes, nausées, parfois une confusion.

Et l'hiver, ce n'étaient pas que des incendies : chauffages au mazout, cheminées à bois, surtout par temps de haute pression, quand la fumée tire mal et que le CO stagne dans la pièce. À chaque fois, le même piège — le gaz est inodore et invisible, il est absorbé sans qu'on le sente, et sans connaître les signes, on ne se rend compte de rien. La prise en charge relève du médecin et repose sur l'oxygène, selon des modalités qu'il décide.

La « peau rouge cerise » : un signe réel, mais qu'il ne faut surtout pas attendre

C'est l'image que tout le monde a retenue : la victime du CO aurait le teint anormalement rosé, « rouge cerise ». Le signe existe — la carboxyhémoglobine est d'un rouge vif — mais il est rare : la littérature médicale le décrit comme peu fréquent chez les patients vivants, où c'est plutôt la pâleur qui domine, et il est surtout rapporté dans les intoxications les plus graves. Précision qui compte tout autant : le CO ne donne pas de cyanose, ces lèvres bleutées qu'on associe au manque d'oxygène — et l'idée inverse circule pourtant.

Retenez la conclusion plutôt que le détail : aucun signe extérieur n'est fiable pour repérer une intoxication au CO. Ni sur les autres, ni sur soi. C'est exactement pour cela qu'un détecteur n'est pas un gadget.

Pourquoi c'est un problème d'avion à pistons — et quasiment pas de jet

Le scénario type touche d'abord les avions à moteur à pistons, mono comme bimoteurs, où le moteur est juste devant le pilote. Il suffit d'un tuyau d'échappement légèrement percé, ou d'un joint qui n'est plus tout à fait étanche, pour que des gaz d'échappement se retrouvent dans la cabine.

Le point du pilote — piston contre réacteur

Dans un jet d'affaires ou un avion de ligne, l'air de la cabine est bien prélevé sur les moteurs — mais au niveau du compresseur, en amont de la chambre de combustion. Pas de combustion, pas de CO : c'est ce qui rend une intoxication au monoxyde de carbone quasiment impossible par cette voie sur ces appareils.

Sur un avion à pistons, deux causes dominent : une fissure dans le collecteur d'échappement, ou — bien plus fréquent — un défaut d'étanchéité du chauffage cabine. Ce chauffage est d'une simplicité désarmante : une gaine d'air enroulée autour du tuyau d'échappement brûlant récupère sa chaleur et l'envoie dans l'habitacle. Si l'étanchéité se dégrade entre les deux, les gaz d'échappement — donc le CO — passent directement en cabine.

À ne pas confondre avec les fume events dont on parle sur les avions de transport : ceux-là concernent une contamination de l'air prélevé, le plus souvent par des huiles moteur, parfois par des fluides hydrauliques ou de dégivrage. C'est largement un autre sujet, avec ses propres substances et ses propres débats — même si certains travaux discutent la présence de CO parmi les produits de dégradation de ces huiles.

La double peine : quand le CO s'invite en altitude

Voilà pourquoi les deux sujets tiennent sur la même page. En avion non pressurisé, plus on monte, moins il y a d'oxygène disponible : c'est déjà l'hypoxie d'altitude, et elle se gère. Si du CO s'ajoute par-dessus, les deux effets se cumulent — moins d'oxygène à respirer d'un côté, moins de capacité à le transporter de l'autre. La vigilance peut alors chuter très vite, avec des décisions qui n'ont plus grand-chose à voir avec la réalité du vol, jusqu'à la perte de connaissance, sans qu'on ait jamais « senti » quoi que ce soit.

C'est aussi cette addition qui explique qu'une exposition modeste, sans conséquence au sol, puisse compter en vol : votre marge a déjà été entamée par l'altitude. Et plusieurs travaux vont plus loin que la simple addition — baisse de pression, déplacement de la courbe de dissociation de l'hémoglobine, ventilation plus ample — et décrivent une aggravation des effets cliniques du CO en altitude plutôt qu'un simple cumul. Raison de plus pour ne pas raisonner « petite dose, petit effet ».

Ce que montrent les enquêtes

L'intérêt, ici, c'est de pouvoir renvoyer à des enquêtes de sécurité européennes et britanniques plutôt qu'à des généralités. Trois situations documentées, chacune avec sa leçon.

SituationCe qu'elle apprend
Un avion-école, pastille virée et odeur d'échappement après le décollage (enquête du BEA)La cause identifiée n'était pas une pièce cassée mais une absence d'étanchéité autour des passages d'attaches de silencieux. Un défaut discret, invisible en tour de piste — mais suffisant pour faire monter les gaz en cabine.
Une instructrice intoxiquée sur plusieurs vols et plusieurs jours (enquête du BEA — le chiffre d'exposition relevé n'a pas été recollationné au rapport d'origine pour cette page, il n'est donc pas cité)Hospitalisée après étourdissements, nausées et fatigue. La leçon est l'accumulation : le danger n'est pas seulement le pic soudain, c'est aussi la petite dose répétée que l'on met sur le compte de la fatigue de fin de semaine.
Un accident mortel de monomoteur à pistons (AAIB, rapport AAR 1/2020 — Piper PA-46, accident du 21 janvier 2019)Un taux élevé de carboxyhémoglobine a été retrouvé. Le dossier a été très largement commenté au Royaume-Uni ; la CAA y a publié une directive de sécurité plusieurs années plus tard. Deux faits, que je me garde de relier par une flèche.

Ces trois cas sont cités pour ce qu'ils illustrent, et non comme des statistiques : il n'existe pas, à ma connaissance, de chiffre public fiable sur la fréquence réelle des intoxications au CO en aviation légère en Europe. Une partie des cas légers ne sont probablement jamais rattachés au CO — c'est le propre d'un poison qui ressemble à de la fatigue.

Les symptômes — et pourquoi ils trompent

Maux de tête, vertiges, nausées, somnolence, fatigue soudaine. Rien de spécifique : ça ressemble à une mauvaise nuit, à un début de mal de l'air, à une déshydratation. Et pendant que vous cherchez une explication rassurante, la fonction qui devrait trancher — le jugement — fait partie de celles qui sont déjà altérées.

L'intensité des signes dépend de la concentration et de la durée d'exposition — mais aucun symptôme ne permet d'estimer soi-même la gravité de ce qui est en train de se passer. C'est précisément ce qui rend le CO dangereux : le temps qu'on met à relier un mal de tête au monoxyde est du temps d'exposition en plus.

Le point du pilote — mon seul épisode, et il était au sol

Il y a une vingtaine d'années, jeune copilote sur Citation CJ1, j'attendais un client près du terminal pendant que le commandant, déjà à bord, lançait un moteur pour préparer les systèmes et le plan de vol. Le client a mis une bonne demi-heure de plus que prévu — et pendant tout ce temps, le vent rabattait vers moi les gaz d'échappement du réacteur. Je sentais l'odeur de kérosène de plus en plus fort ; je n'y ai pas prêté attention. J'ai chargé les bagages, installé le passager, fermé la porte.

Au décollage, je me suis senti effroyablement mal : nausées violentes, tête vide, mal de crâne qui montait. Cinq minutes après le décollage, j'ai dû vomir dans un sac — la première et seule fois de ma carrière. Avec le recul, je suis convaincu qu'il s'agissait d'une intoxication aux gaz d'échappement. Lequel de leurs composants était en cause, je n'en sais rien — il n'y a jamais eu de dosage, et les signes que j'avais ne permettent d'incriminer aucun gaz en particulier. Détail qui compte : ce que je sentais, c'était le kérosène imbrûlé — le CO, lui, était l'invité invisible et inodore.

Ce jour-là, nous étions deux, et le commandant tenait l'avion ; moi, j'étais tout bonnement incapable de réfléchir ou de piloter. Imaginez la même chose seul, en pleine navigation sur un avion léger. C'est pour ça que je le répète : au moindre doute — maux de tête, nausées, confusion —, on coupe le chauffage, on aère, et on se pose. Ce que dit le détecteur ne change pas cette décision.

Précision honnête : c'était une exposition au sol, dans le panache direct d'un réacteur — pas de l'air cabine en vol, qui sur ce type d'appareil est prélevé avant la combustion. Et vingt ans après, sans dosage, cela reste un souvenir, pas un diagnostic.

Cette liste de symptômes est une liste de signaux d'alerte, pas une grille d'auto-diagnostic. Elle ne permet ni d'affirmer, ni d'écarter une intoxication : trop de choses ordinaires donnent les mêmes signes. Ce qu'elle doit déclencher, c'est une action — voir ci-dessous — puis un avis médical.

Les réflexes : prévenir, détecter, réagir

L'EASA a popularisé une séquence en trois temps — Prevent, Detect, React : prévenir, détecter, réagir — dans son bulletin d'information de sécurité SIB 2020-01R1. Elle a le mérite de tenir en trois mots et de se rappeler sous stress.

TempsCe que ça veut dire concrètement
PrévenirC'est la maintenance : échappement, silencieux, système de chauffage. Le pilote n'a pas la main dessus en vol — mais il peut demander à voir le suivi, et signaler la moindre odeur d'échappement constatée au sol plutôt que de la mettre sur le compte de l'ambiance hangar.
DétecterUn détecteur à bord, visible depuis la place pilote. Une pastille au minimum, un détecteur actif de préférence — le détail est plus bas. C'est le seul de ces trois temps qui vous rend un capteur que votre organisme n'a pas — étant entendu qu'un détecteur silencieux ne prouve pas l'absence de CO.
RéagirOdeur d'échappement, alarme du détecteur, ou symptômes inexpliqués : couper le chauffage, aérer (ventilation, entrebâiller la verrière si le manuel de vol le permet), se poser au plus vite sur le terrain le plus proche, prévenir le contrôle, demander une assistance médicale si l'on se sent mal.

Une remarque sur l'ordre : « se poser au plus vite » vient après « couper le chauffage » et « aérer » parce que ces deux gestes prennent trois secondes et réduisent immédiatement l'exposition. Ils ne remplacent pas l'atterrissage — ils vous donnent de quoi le réussir. Et pour les manœuvres exactes, c'est le manuel de vol de votre appareil qui fait foi, pas une page web.

Le point du pilote — fumée à bord, on ne discute pas

Le CO n'est qu'une facette d'un principe plus large : dès qu'il y a une suspicion de feu ou de fumée à bord — électrique, mécanique, peu importe l'origine —, c'est une urgence vitale, point. On ne cherche pas à « finir » le vol : le seul objectif, c'est de poser l'avion au plus vite. Un feu dans un avion, c'est comme un feu sur un bateau — il n'y a pas à discuter.

Sur les jets rapides qui volent haut, la procédure « fumée cockpit/cabine » commence par des actions mémoire — masque à oxygène, lunettes de protection, oxygène pour les passagers, descente — la check-list venant ensuite. Ces gestes-là sont propres aux avions pressurisés, et ce sont ceux de mon manuel de vol : les vôtres sont dans le vôtre. Ce qui est général, c'est le principe. En avion léger, le réflexe CO reste le même : couper le chauffage, aérer, se poser.

Détecteurs : pastille, boîtier actif, casque

C'est le seul poste de cette page sur lequel un pilote a directement la main. Voici les moyens couramment disponibles, avec ce qui les distingue vraiment — le type d'alerte.

MoyenType d'alerteCe qu'il faut savoir
Pastille chimique
quelques euros
Passive — elle change de couleur, encore faut-il la regarderDurée de vie limitée et très variable : de quelques dizaines de jours pour certaines pastilles courantes à 12 ou 18 mois pour les plus durables. À dater au marqueur le jour de l'ouverture, et à remplacer selon la notice du fabricant — pas selon une règle générale. Une pastille périmée est un faux sentiment de sécurité.
Détecteur électronique actif
quelques dizaines d'euros
Active — alarme sonore et/ou visuelleIl vous alerte même si vous ne le regardez pas : c'est toute la différence. C'est ce type d'appareil que la réglementation britannique impose depuis 2025 dans certains cas (voir plus bas). Penser à la pile — et savoir que la plupart des boîtiers du commerce ne sont pas certifiés pour l'aéronautique, avec des seuils et des délais d'alarme qui varient d'un modèle à l'autre.
Casque à capteur CO intégréActive — directement à l'oreilleCertains casques haut de gamme intègrent un capteur, le Lightspeed Delta Zulu notamment. À considérer comme une aide à la vigilance, non certifiée — un argument de plus pour un casque qu'on achète d'abord pour ses autres qualités, pas un équipement de sécurité homologué.
⚠️ Oxymètre de poulsNe détecte pas le CO. Utile pour surveiller l'oxygénation en altitude, inutile — et trompeur — pour le monoxyde. Voir juste en dessous.

Le point du pilote — ça n'a pas toujours été un réflexe

À mes débuts en avion léger, comme pilote puis comme instructeur — surtout sur Robin DR400, et sur Cessna 152, 172 et 177 —, les détecteurs de CO n'étaient pas entrés dans les mœurs. Ils existaient probablement, mais je n'en ai pas entendu parler une seule fois pendant ma licence : aucun cours, aucune prévention là-dessus. La prise de conscience est venue plus tard, à la suite d'accidents. Aujourd'hui, en embarquer un est devenu bien plus courant dans les aéroclubs et les écoles — et c'est tant mieux.

Prix et durées de vie sont donnés en ordre de grandeur : ils varient selon les modèles et les pays, et la notice du fabricant fait foi. Aucun modèle n'est conseillé ici. Le principe, lui, ne varie pas — un détecteur qu'on ne regarde pas ne sert à rien.

Le piège dangereux : l'oxymètre de pouls ne « voit » pas le CO

Beaucoup de pilotes d'avion léger emportent un oxymètre de pouls — ce petit boîtier qu'on pince au bout du doigt — pour surveiller leur saturation en montée. C'est un usage légitime. Mais il s'accompagne d'une croyance qui, elle, est fausse — et dangereuse : celle qu'il servirait aussi d'alerte au monoxyde de carbone.

L'oxymètre de pouls standard ne fait pas la différence entre l'hémoglobine chargée d'oxygène et l'hémoglobine chargée de monoxyde de carbone. Résultat : en cas d'intoxication au CO, il peut afficher une saturation parfaitement normale — voire rassurante — alors que le sang est lourdement intoxiqué. C'est un point établi dans la littérature médicale, et c'est un faux ami classique, y compris pour des soignants.

Seul un appareil dédié — un CO-oxymètre — ou une prise de sang mesure réellement la carboxyhémoglobine. En vol, la conséquence est directe : un oxymètre de pouls ne remplace pas un détecteur de CO. Deux appareils différents, pour deux dangers différents.

Corollaire à ne pas rater : une saturation basse relevée en vol n'est pas un signe d'alerte du CO. Elle peut signaler une hypoxie d'altitude, ce qui est déjà utile, mais elle ne dit rien du monoxyde — ni dans un sens, ni dans l'autre.

Le point réglementaire : une obligation britannique, pas européenne

C'est le genre de sujet où une information exacte devient fausse en traversant une frontière. Alors soyons précis.

Ce qui s'applique
Royaume-UniLa CAA a publié la Safety Directive SD-2024/001 (version 3 du 3 février 2025). Depuis le 1er janvier 2025, les exploitants d'aéronefs à moteur à pistons — immatriculés au Royaume-Uni, ou immatriculés ailleurs et volant dans l'espace aérien britannique — doivent disposer à bord d'un détecteur de CO actif en état de fonctionnement, alertant par un signal sonore et/ou visuel, lorsqu'ils volent avec des passagers ne détenant pas une qualification de pilote reconnue. L'objectif affiché est la protection des passagers non avertis. Des exclusions existent (monoplace, cockpit ouvert, voltige, moteur situé au-dessus ou derrière la cabine, moteurs uniquement en voilure, avec des réserves) : elles sont listées dans la directive elle-même, à consulter directement. Si vous traversez la Manche, cette règle vous concerne.
Espace EASA — France, Belgique, Luxembourg, et la Suisse, qui participe au système EASA sans appartenir à l'Union européenne (point à confirmer auprès de l'OFAC pour toute question suisse)Pas d'obligation équivalente à ma connaissance à ce jour. L'EASA a traité le risque CO en aviation légère par le bulletin d'information de sécurité SIB 2020-01R1, Carbon Monoxide Risk in Small Aeroplanes and Helicopters (émis le 27 janvier 2020, révisé le 19 octobre 2021), qui porte lui-même la mention « This is information only. Recommendations are not mandatory. » : c'est une recommandation, non contraignante, à la différence d'une consigne de navigabilité. Autrement dit : fortement conseillé, pas imposé.

Ne présentez jamais l'obligation britannique comme européenne — c'est une confusion courante. Et notez la date : cette matière évolue, et elle est nationale. Si votre exploitation est concernée, c'est le texte de votre autorité qui tranche.

Une remarque de bon sens pour finir : l'absence d'obligation n'est pas un argument. Un détecteur actif représente une dépense faible au regard du coût d'exploitation d'un avion.

Questions fréquentes

Peut-on sentir le monoxyde de carbone en vol ?
Non. Le CO est inodore, incolore et sans saveur. Ce que l'on sent parfois, ce sont les autres composants des gaz d'échappement qui l'accompagnent — une odeur d'échappement en cabine doit donc être prise au sérieux même si, en elle-même, elle ne prouve rien. Le CO, lui, reste indétectable sans appareil.
D'où vient le CO dans une cabine d'avion ?
Principalement du chauffage cabine, qui récupère la chaleur de l'échappement au moyen d'une gaine enroulée autour du tuyau, et des défauts d'étanchéité (cloison pare-feu, passages de commandes, orifices autour de l'échappement). Cela concerne surtout les aéronefs à moteur à pistons. Le risque augmente en hiver mais n'est pas limité à la saison de chauffe.
Les jets et les avions de ligne sont-ils concernés ?
Très peu, par cette voie. Sur ces appareils, l'air de cabine est prélevé au niveau du compresseur, en amont de la chambre de combustion : sans combustion, pas de monoxyde de carbone. Le risque d'intoxication au CO concerne essentiellement l'aviation légère à moteur à pistons. À ne pas confondre avec les fume events, qui relèvent d'une contamination par les huiles moteur — autre sujet.
Un oxymètre de pouls peut-il détecter une intoxication au CO ?
Non — et c'est le piège le plus dangereux du sujet. L'oxymètre de pouls classique ne distingue pas l'hémoglobine chargée de CO de celle chargée d'oxygène : il peut afficher une saturation normale alors que l'intoxication est sévère. Il faut un détecteur de CO dédié à bord, et, côté médical, un CO-oxymètre ou une prise de sang pour mesurer réellement la carboxyhémoglobine.
Quels sont les premiers symptômes d'une intoxication au CO ?
Maux de tête, vertiges, nausées, somnolence, fatigue soudaine. Ils ressemblent à de la fatigue ordinaire, ce qui les rend trompeurs — et le jugement fait partie des fonctions atteintes tôt. En altitude, l'effet se cumule avec le manque d'oxygène. Ce sont des signaux d'alerte, pas une grille d'auto-diagnostic : en cas de doute, on agit (couper le chauffage, aérer, se poser) puis on consulte.
La peau devient-elle rouge en cas d'intoxication au CO ?
Rarement. La teinte « rouge cerise » est un signe classique mais peu fréquent, surtout décrit dans les cas très graves ; chez les patients vivants, c'est plutôt la pâleur qui domine. Le CO ne donne pas non plus de cyanose (lèvres bleutées), contrairement à ce qu'on lit parfois. Conclusion : n'attendez aucun signe visible, sur vous comme sur les autres. Le seul moyen d'alerte est un détecteur — qui n'est pas infaillible pour autant : un détecteur silencieux ne prouve pas l'absence de CO.
Que faire si le détecteur vire ou si je me sens mal en vol ?
Couper le chauffage, aérer au maximum, se poser au plus vite sur le terrain le plus proche, prévenir le contrôle et demander une assistance médicale si vous vous sentez mal. Consulter ensuite : la prise en charge relève du médecin et repose sur l'oxygène. Les manœuvres exactes (ouverture de verrière, ventilation) sont celles du manuel de vol de votre appareil.
Une pastille suffit-elle, ou faut-il un détecteur actif ?
La pastille est un bon minimum, très peu coûteux, mais elle est passive : elle change de couleur et il faut penser à la regarder — or c'est exactement ce qu'on ne fait plus quand on commence à être intoxiqué. Un détecteur actif alerte tout seul, par une alarme. Au Royaume-Uni, un détecteur actif est d'ailleurs requis depuis janvier 2025 sur les avions à pistons emportant des passagers non-pilotes. Si vous gardez une pastille, datez-la à l'ouverture.
L'hypoxie et le monoxyde de carbone, est-ce le même problème ?
Le résultat se ressemble — les tissus manquent d'oxygène — mais le mécanisme diffère. En altitude, il y a moins d'oxygène disponible à respirer parce que la pression baisse. Avec le CO, l'oxygène est là, mais le sang ne peut plus le transporter. Les deux peuvent se cumuler en avion non pressurisé, et c'est cette addition qui rend le monoxyde particulièrement redoutable aux commandes.
À partir de quelle altitude faut-il de l'oxygène en vol ?
Cette page ne donne pas de chiffre, volontairement. La question ne relève pas de l'aptitude médicale (le Part-MED) mais des règles d'exploitation — le règlement européen (UE) 965/2012 et l'annexe correspondant à votre type d'exploitation —, et je n'ai pas collationné ces valeurs au texte officiel pour cette page. Reportez-vous au texte applicable et au manuel de vol de votre appareil, qui peut être plus exigeant.

Pour aller plus loin

Sur les autres effets de la pression et de l'altitude sur l'organisme : plongée et vol, quel délai respecter — le même mécanisme de pression, pris par l'autre bout. Sur l'oreille et le bruit du cockpit : l'audition du pilote. Pour l'ensemble de la visite médicale : la page d'ensemble et préparer sa visite. Le hub : santé du pilote.

Les pages du Labo restent en accès libre, celle-ci comprise. À côté, je prépare un guide payant consacré à la visite médicale : le rétroplanning, les questions précises à poser à l'AME, les annexes par pays. Rien de ce qui est gratuit aujourd'hui ne passera derrière un paiement. Être prévenu de sa sortie.

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