Après une plongée, il faut attendre avant de voler — même en cabine pressurisée : la baisse de pression peut faire ressortir en bulles l'azote absorbé sous l'eau (accident de décompression). Les repères de référence du Divers Alert Network (DAN/UHMS) sont d'au moins 12 h après une plongée simple sans palier, au moins 18 h après des plongées répétées ou sur plusieurs jours, et nettement plus de 18 h — souvent 24 h — après une plongée avec paliers de décompression. Ce sont des minimums, pas des garanties.
Pourquoi attendre : la physiologie en clair
En plongée, le corps absorbe de l'azote sous l'effet de la pression : ce gaz se dissout dans le sang et les tissus. Tant que la pression redescend lentement, tout se passe bien. Le piège, c'est que voler — ou franchir un col de montagne en voiture — fait chuter la pression ambiante une seconde fois : l'azote encore présent peut alors repasser à l'état de bulles, comme une bouteille de soda qu'on ouvre d'un coup. C'est l'accident de décompression (ADD). Voler trop tôt après une plongée revient à ajouter une baisse de pression à un corps encore chargé en azote.
Point essentiel : le risque concerne l'altitude cabine, pas seulement les vols non pressurisés. Les repères DAN visent des vols dont l'altitude cabine se situe entre environ 610 et 2 438 m (2 000 à 8 000 ft). En avion léger non pressurisé, l'altitude cabine est l'altitude de vol : le risque est direct.
Ces recommandations, je ne les ai pas seulement lues : je les ai vues de l'autre côté. Au CHUV de Lausanne, entre mes gardes d'urgences, j'étais appelé — par bip, à l'époque — pour accompagner au caisson hyperbare des plongeurs victimes d'un accident de décompression, souvent des plongeurs du Léman. Le rôle de l'infirmier y est particulier : on entre dans le caisson avec le patient et on y reste toute la durée du traitement. Une recompression, ça dure des heures — huit, neuf, parfois dix.
Le traitement est l'inverse exact du danger : on remet le patient sous pression pour forcer l'azote à repasser en solution — les bulles « rentrent » —, puis on fait redescendre la pression très lentement, sous oxygène, pour laisser l'azote s'évacuer en douceur par la respiration. Un détail que peu de gens imaginent : pendant cette longue phase de décompression, il fait froid dans le caisson, et on couvre les patients — la compression réchauffe l'air, la lente décompression le refroidit.
Ce que j'ai personnellement observé, ce sont surtout des fourmillements dans les membres, parfois un début d'engourdissement, un peu comme un bras « endormi » au réveil. Je n'ai pas eu de cas graves entre les mains, et tous sont ressortis en voie de guérison. Mais je me garde d'en tirer une règle rassurante : l'accident de décompression peut prendre des formes bien plus sérieuses — douleurs articulaires marquées, atteintes neurologiques — et c'est justement son imprévisibilité qui impose la prudence.
Le plus marquant n'était d'ailleurs pas médical. Un plongeur qui entre au caisson est conscient, lucide et angoissé : il se demande s'il gardera l'usage de ses membres, s'il pourra replonger un jour, ce qu'il a « raté ». Enfermé des heures avec un inconnu, on l'écoute, on le rassure, on surveille sa saturation, et il finit par se confier. Quand je vous dis d'attendre avant de voler, ce n'est donc pas une consigne théorique.
Les délais de référence (et pourquoi ils varient)
Le consensus le plus utilisé vient du Flying After Diving Workshop du DAN et de l'UHMS (2002). Pour des plongeurs sans aucun symptôme de décompression :
- Plongée simple, sans palier : attendre au moins 12 h avant de voler.
- Plongées répétées ou étalées sur plusieurs jours : attendre au moins 18 h.
- Plongée avec paliers de décompression obligatoires : les données sont rares ; un délai nettement supérieur à 18 h est prudent (souvent 24 h et plus).
Pourquoi ces chiffres varient d'une source à l'autre : certains organismes sont plus conservateurs — l'US Air Force et NAUI retiennent 24 h. Et les essais qui ont fondé ces repères ont été menés en caisson, au repos et au sec ; en conditions réelles, une marge supplémentaire est prudente.
Le réflexe sûr : garder une « journée sans » entre la dernière plongée et le vol. Un délai de 24 h couvre la plupart des situations et laisse de la marge. Ce n'est pas de la sur-prudence — les bulles ne se voient pas, et elles ne préviennent pas.
Cas particuliers à connaître
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Ce n'est pas que l'avion. Monter en altitude en voiture — un col de montagne — après une plongée présente le même risque : c'est l'altitude atteinte qui compte, pas le moyen de transport.
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Le pilote est concerné comme plongeur. La règle vaut pour toute personne à bord ayant plongé récemment, l'équipage inclus.
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En cas de symptôme (douleur articulaire, fourmillements, fatigue anormale après une plongée) : ne pas voler, contacter une structure spécialisée (ligne d'urgence DAN) et consulter.
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Suivez aussi votre ordinateur de plongée. Respectez le « no-fly time » qu'il affiche : il est parfois plus long que les repères généraux.
Ces repères sont des minimums de sécurité, pas une garantie d'absence de risque. En cas de doute ou de symptôme, la bonne adresse est un médecin de la plongée, pas une règle générale.
Et l'inverse : plonger après avoir volé ?
La question se pose moins souvent : un vol commercial pressurisé ne sursature pas le corps en azote, il n'impose donc pas de délai d'attente particulier avant de plonger. L'attention porte sur le sens plongée → altitude, pas l'inverse — sauf situations très spécifiques, à valider auprès d'une source spécialisée en médecine de la plongée.
Délai minimal avant de voler après une plongée (repères DAN/UHMS)
| Type de plongée | Délai minimal avant vol | Repère |
|---|---|---|
| Plongée simple, sans palier | ≥ 12 h | DAN/UHMS 2002 |
| Plongées répétées / sur plusieurs jours | ≥ 18 h | DAN/UHMS 2002 |
| Plongée avec paliers de décompression | > 18 h (souvent ≥ 24 h) | DAN/UHMS 2002 |
| Recommandation conservatrice « journée sans » | 24 h après toute plongée | US Air Force / NAUI |
Repères pour plongeurs sans symptôme, vols à altitude cabine de 610 à 2 438 m. Ce sont des minimums : plus long = plus sûr. Respectez aussi le « no-fly time » de votre ordinateur de plongée.